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Un somptueux livre qui
se présente comme un manifeste, une exposition avec de grands formats, à
Ballens, un art tout imprégné de l'air respiré dans les plusgrandes
villes de la peinture européenne, un verbe assez dur vis-à-vis du
confort et du conformisme helvétiques, de nombreux projets prônant
l'ouverture aux autres pays, aux autres arts: Bernard Garo nous invite
impétueusement à partager sonregard sur le monde, sur les êtres.
Dans tout ce qu'il sent, dit et fait, il voit grand. Il étouffait dans la douillette et torpide atmosphère de la ville vaudoise où il est né, Nyon. Il décide, il y a cinq ans, d'aller vivre et peindre à Barcelone. Expérience salvatrice, qu'il poursuit pour aller s'établir, en 2000, à Berlin. Non sans hanter le point central entre ces deux capitales artistiques, les plus dynamiques de l'Europe actuelle: Bâle. D'où le titre Barcelona Basel Berlin de son livre , dont les dimensions sont à la hauteur de ses tableaux, de ses points de vue. En ce mois de décembre, revenu au pays, il inaugure à Nyon un très grand atelier qu'il nomme ICInomade, voulant signifier par là que son nomadisme n'est pas terminé. S'il y a un mot qui peut caractériser l'art de Bernard Garo, c'est bien Passage. Lui étant évidemment un passeur, en un pays, la Suisse, où l'art passe relativement mal - où cela se passe relativement mal pour bien des artistes. Mais le passage existe toujours, même si l'ouvre très récente que nous reproduisons en couverture - une image photographique traitée numériquement - s'intitule Passages obstrués. Il aime ainsi confronter les oppositions - ici passage, obstruction - et cite Pavese: «Tout art est une problématique d'équilibre entre deux contraires». Finalement, nous dit Garo, il n'y a pas vraiment d'obstruction. Derrière les barreaux d'une prison, on est certes empêché de passer, mais on voit très bien, au loin, le champ, l'infini. L'art peut passer. Ce qui est intéressant, en art, c'est que même si l'on est empêché d'être physiquement nomade, on peut l'être en esprit. L'art est un appel à l'ouverture.
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| Bernard Garo s'est
beaucoup investi dans son livre. Il le consid re non comme une fin en
soi, mais comme l'une de ses ouvres - comme un passage, précisément, qui
fait le point sur sa grande période de nomadisme, sur le choc de sa
confrontation avec les Catalans, avec les Berlinois. Le format de
l'ouvrage, ce n'est pas lui qui l'a choisi, au départ, mais un éditeur
lausannois dont Bernard Garo a poursuivi l'initiative jusqu'au bout,
mettant une belle énergie à affronter toutes les difficultés. Ce livre
révèle l'extension de tous les travaux, de tous les intérêts de
l'artiste qui sont innombrables parce qu'il s'imprègne de son
environnement à la manière d'une éponge, puis, à travers ses filtres
personnels (sa rigueur, sa conscience, sa réflexion) rend en échos des
ouvres qui s'en trouvent profondément marquées. Ainsi en est-il de ses
tableaux peints à Barcelone, généralement inspirés de l'effervescence de
la Movida, des couleurs de la peinture catalane, reflétées entre autres
sur les pavés de la ville qu'il a beaucoup arpentée; il reste en
admiration devant le prodigieux plan de la ville réalisé par l'urbaniste
Cerdà au XIXe. Il reproduit aussi volontiers les étonnants dessins des
bouches d'égout barcelonaises, qu'il contemple avec son oil de peintre.
Ce qui n'a pas fini de nous étonner, c'est que cette série prend au
départ l'apparence d'une image numérisée, à laquelle la peinture donne
une matérialité tactile et une sensation de durée et de couleur qui
justifient certes les références barcelonaises.
À Berlin, Garo a senti l'extraordinaire effort de construction qui, depuis dix ans, depuis la chute du mur, se déployait, avec toutes les expérimentations que cela implique. Il ne rêve pas d'une ville achevée, c'est précisément le bouillonnement, l'inachèvement qui le passionnent. Quand tout sera réalisé, Berlin n'aura plus le même intérêt, à ses yeux. Il cite volontiers le bâtiment des Galeries Lafayette construit par Jean Nouvel, avec, au centre, un vide: l'architecte explique à Wim Wenders qu'au centre de Berlin était le mur, qui faisait le vide, mais autour duquel tout était focalisé - mais que l'erreur, aujourd'hui, est de vouloir combler ce vide, alors que ce mur, par-dessus lequel les gens savaient communiquer, était devenu un passage!
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| La peinture de Garo a
donc tenté de cerner ces réflexions sur la ville, elle médite par
exemple sur l'apparence fasciste du plan quadrillé de Barcelone par
Cerdà, qui se révèle néanmoins tellement juste, 140 ans après, dans sa
volonté d'organiser le chaos, de faire tomber les barrières entre les
riches et les pauvres, pour mieux combattre les épidémies.
Garo ne vise pas ici à faire un art représentatif ou
conceptuel, il ne tend pas non plus aux effets, au baroque - il veut
rendre compte au contraire d'un engagement, d'une pensée, visant moins à
raconter des histoires personnelles qu'à une réflexion d'ordre universel.
Il cite volontiers Deleuze qui subordonne la philosophie à l'art: c'est
quand l'art cherche à se dépasser, dit Garo, quand Ainsi, le geste pour le geste, l'art pour l'art, ce n'est pas l'affaire de Bernard Garo, qui se révèle être très méthodique dans sa volonté de comprendre le monde, de faire évoluer le vibrant dialogue artistique qu'il a entrepris, explorant à fond les différentes possibilités techniques qui, aujourd'hui, sont à la disposition des artistes. C'est de cela qu'il nous parle, aussi bien à travers sa peinture et ses photos que dans ses ouvres virtuelles, où l'on retrouve toujours les mêmes composantes de sensibilité, de sincérité, de rigueur, avec cette volonté d'unir les contraires, de saisir le monde dans sa multiplicité.
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Editions Benteli:![]() Bernard Garo Barcelona Basel Berlin ° Monographie référentielle
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